Comme nous l'avons vu dans la première partie, le paysage ne peut être considéré comme fixe. Les éléments naturels varient dans le temps. Aujourd'hui, cette variation est souvent le résultat de l'action de l'homme. Pour atteindre le but de cette recherche, c'est-à-dire une carte simplifiée du potentiel archéologique de notre secteur d'étude, il est nécessaire de saisir toute la complexité de la relation de l'homme avec le milieu, mais aussi entre les deux groupes culturels qui se sont installés dans notre zone. Notre approche fera de la même manière que précédemment, c'est-à-dire un travail par changement d'échelle successif.
Ainsi, nous allons décomposer notre étude en plusieurs étapes logiques. Dans une première sous-partie, nous ferons une approche thématique sur l'apparition de l'homme à l'échelle du Minnesota. Nous traiterons des phases successives de colonisation du milieu par l'homme, tant amérindiennes qu'euro-américaines. Nous tenterons d'analyser les impacts de ces différents groupes sur le paysage à l'échelle de notre secteur d'étude. Nous reprendrons alors certaines variations du paysage décrites dans la première partie en leur intégrant une composante humaine.
Dans une seconde sous-partie, nous ferons un travail de classification du paysage par traitement de données satellitaires. Puis en recoupant les indices physiques, éléments fixes ou évolutifs du paysage, obtenus dans la première partie avec ceux culturels et notre travail de classification, nous pourrons en déduire les données pertinentes de notre classification. De là, nous établirons une carte simplifiée du potentiel archéologique de notre secteur d'étude.
Même si l'arrivée de l'homme sur le continent américain reste une question en suspens, on peut ici développer la théorie la plus répandue, une migration asiatique via le détroit de Béring. La période historique est mieux connue même si elle s'appuie sur la tradition orale amérindienne.
Nous avons volontairement découpé l'apparition de l'homme en deux épisodes distincts, l'un amérindien, l'autre euro-américain. Cependant il est évident qu'il existe un continuum dans la présence humaine sur le territoire minnesotien. Le passage de la domination d'un groupe ethnique à un autre a été un phénomène lent à l'échelle humaine, et cela même si les impacts sur le milieu naturel ont été brutaux, faisant suite à l'évolution rapide de la relation établie entre l'homme et son cadre naturel.
Nous traiterons dans cette partie de l'arrivée de l'amérindien sur le continent américain et son établissement progressif dans l'état du Minnesota. Nous exposerons une version mythologique de cette apparition et une version scientifique. Puis nous nous attacherons à expliquer la relation entre ce groupe ethnique et le milieu naturel. Enfin, en tenant compte des explications apportées par la première partie à l'évolution naturelle du paysage, nous dégagerons l'importance de l'amérindien dans la fixation du paysage. Nous limiterons notre recherche à notre secteur d'étude, c'est-à-dire à la zone sud du lac Mille Lacs.
Nous ne traiterons ici que de l'apparition de la culture indienne présente actuellement au Minnesota. De la même manière, seule la version mythologique de cette tribu sera décrite. En effet, il existe autant de versions que de cultures amérindiennes.
Le père Louis Hennepin est entré en contact avec les tribus amérindiennes vivant dans notre secteur d'étude entre 1680 et 1681. Durant ce voyage, il a recueilli une version mythologique et a apporté une explication à la présence de ces tribus dans ces régions.
Une femme descendit du ciel et resta en l'air cherchant où poser le pied. Les poissons de la mer formèrent conseil et se demandèrent lequel d'entre eux la recevrait. La tortue se porta volontaire. Tout autour de la tortue, s'entassèrent les immondices de la mer, formant ainsi le continent.
Cependant la femme s'ennuyait. Alors un esprit descendit du ciel. Il la trouva endormie de chagrin. Il lui fit deux enfants, deux fils qui sortirent par son coté. Mais ses deux fils possédaient un caractère opposé, l'un était farouche et l'autre doux. Tant et si bien que le plus farouche voulut tuer l'autre. Ce dernier sous un tel traitement se retira au ciel, d'où il signale aujourd'hui encore sa colère par le tonnerre. Puis l'esprit redescendit sur terre et donna une fille à la femme. Cette fille engendra tous les Indiens qui peuplent l'Amérique (d'après Hennepin, 1683).
Néanmoins, le Père Louis Hennepin pense que la présence des amérindiens dans ces régions est le résultat d'une migration. S'appuyant sur des similitudes culturelles entre ces tribus et le peuple hébreu, il démontre que les Indiens sont des juifs immigrés. En effet, les amérindiens ne possèdent pas de maisons fixes, la raison étant qu'ils suivent les aléas climatiques influant sur les domaines de chasse. Leurs habitations sont des cabanes en forme de pavillon, ce qui ne reste exact que pour une partie des tribus indiennes. L'amérindien se couvre le corps d'huile et la culture religieuse donne une importance aux songes et un enterrement se traduit par des lamentations et hurlements. De plus, le père Louis Hennepin estime que la mythologie amérindienne, en particulier la genèse, est très similaire à celle chrétienne.
Il est cependant audacieux de faire une relation entre le peuple hébreu et les amérindiens. Une telle démonstration est à rétablir dans son contexte du XVIIème siècle. On retiendra toutefois l'idée de migration reprise par la version scientifique.
Avec les glaciations, le détroit de Béring aurait été fermé par deux fois, aux environs de 40 000 BP et entre 25 000 - 20 000 BP. Il y aurait eu deux vagues de migration provenant de l'Asie (Griffin, 1976). Les sites archéologiques situés aux Etats-Unis et datées aux environs de 30 000 BP sont très rares alors qu'on observe une explosion du nombre de sites datant de 10 000 BP sur le continent américain. Le courant majeur de la migration se situe le long de la chaîne des Rocheuses vers le sud. C'est en suivant les variations du climat que l'homme est remonté au nord via les grandes plaines de l'Ouest. On date l'établissement de l'homme dans la grande dépression du Saint-Laurent vers 6 500 BP.
A partir de ce point, la tradition orale indienne nous apprend le début de la migration des indiens Anishinabe1 vers l'ouest suivant les grands lacs et le Saint-Laurent. Avant d'atteindre le lac Supérieur, cette tribu aurait établi 4 villages. Le premier serait Mon-e-yaung (actuelle Montréal). La localisation et le nom du second restent inconnus. Le troisième est Waw-a-yat-tun-yang (Detroit, Michigan). Le quatrième, Pin-ud-a-wun-goshing, se situe sur la rive nord du lac Huron. Au cinquième village, sur les rives du lac Supérieur, Bow-e-ting (Sault Saint-Marie, Michigan), les amérindiens se sont divisés en deux groupes. Celui parti vers le nord a suivi les rives de la rivière Pigeon, frontière entre l'actuelle Minnesota et la province canadienne de l'Ontario. Le groupe principal parti vers le sud a suivi la rive sud du lac Supérieur jusqu'à l'île appelée Madeline. La migration des indiens a continué vers l'ouest jusqu'à atteindre les rives du lac Mille Lacs et celles de la rivière Rum.
Plusieurs éléments sont néanmoins à prendre en compte. La migration décrite ci-dessus est tirée d'un livre "The land of Ojibwe" (Ojibwe Curriculum Commitee, 1973). Elle ne décrit donc que des éléments touchant les Ojibwe et non toutes les tribus indiennes. Différents sites (Ben & Fern Larson Site, 21ML41, coordonnées : UTM 18N 5 099 508N 448 805E ; Rum River Pit, 21ML47, coordonnées : UTM 18N 5 095 891N 448 921E) datant de 7 000 BP ont été découverts le long de la rivière Rum. Or si l'établissement de l'homme dans la grande dépression du Saint-Laurent remonte à 6 500 BP, point de départ de la migration Anishinabe, nous pouvons donc supposer qu'une autre tribu était déjà présente dans notre secteur d'étude avant l'arrivée des Ojibwe.
La première réelle preuve d'établissement humain dans la région de Mille Lacs est datée à 5 000 BP. C'est la culture Old Copper (cuivre ancien). Cette dénomination est due à la présence d'objets manufacturés en cuivre. Cette population fait partie des premiers métallurgistes connus dans le monde. Le travail du cuivre ne se faisait pas par fonte mais par pression. La région de Mille Lacs possède la caractéristique de fournir du cuivre naturel en plaque. Ces métallurgistes repliaient sur elle-même la plaque de cuivre de manière à obtenir l'objet désiré. Le site le plus connu d'implantation de cette culture est Petaga Point (21ML11, coordonnées : UTM 18N 5 108 933N 439 957E) (Bleed, 1969).
Ce n'est que vers 1 500 ans avant Jésus-Christ que les objets caractérisant cette culture disparaissent. Cette population a dû migrer vers une région différente de celle des Grands Lacs. Ce mouvement de population est le thème d'une recherche archéologique actuellement menée par le Professeur ROTHAUS. Une autre culture se serait implantée dans notre secteur d'étude. Peu d'éléments sont connus pour décrire cette nouvelle culture. Elle n'aurait fait que transiter par notre zone.
La culture caractérisant la tribu Anishinabe est dénommée "Woodland People" (peuple forestier). Ils se sont établis dans notre secteur entre 1 000 av. JC et 1 000 ap. JC. Cette population est plus largement connue grâce à une riche tradition orale. Cependant de nombreux sujets restent méconnus ou erronés. La raison en est la succession entre les différentes populations amérindiennes dans notre secteur d'étude. En effet, notre zone de travail appartient au territoire des Dakota jusqu'au début du XVIIIème siècle, puis il passe sous la domination des Chippewa.
La distinction entre Dakota et Chippewa se fait dans des détails de leur genre de vie. Ces deux tribus appartiennent à la culture "Woodland People". Les différences sont dans les plantes cultivées, les lieux et zones de chasse, mais aussi les implications de la nature dans les croyances.
On ne possède que trop peu d'éléments sur les cultures précédant celle "Woodland People", telles que celle appelée "Old Copper". Il serait prétentieux de pouvoir en déduire une quelconque relation. Les travaux actuels du Professeur ROTHAUS devraient pouvoir apporter une réponse. La culture "Woodland People" a développé une relation avec le milieu où ce dernier occupe une place centrale et directrice.
Selon la version mythologique recueillie par le père Louis Hennepin, l'homme se situe au sein d'une nature accueillante. La société amérindienne est consciente de ce don de la nature envers l'homme. Ce dernier se doit de ne pas la dégrader et pour cela répéter chaque geste des générations amérindiennes précédentes. Ce principe de réitération est central dans la culture amérindienne. Il permet d'expliquer la notion d'équilibre naturel que l'homme ne doit pas transgresser.
Ce principe de répétition de l'action humaine est un agent d'arrêt de l'évolution du paysage. Il faut prendre en compte la faible échelle de temps que possède l'amérindien face à celle du paysage naturel. Pour l'homme, le paysage est fixe. Il est donc de son devoir de le conserver dans son intégrité. Le fait que les générations précédentes aient agi d'une manière déterminée, c'est-à-dire un ensemble d'actions ayant des impacts sur la possible évolution du paysage, explique la tendance des amérindiens à croire en leur total respect de la nature. Mais cette pensée, régissant la culture amérindienne, ne semble qu'une simple transgression philosophique d'actions ayant pour but la survie de l'homme dans un milieu rude.
L'amérindien exploite les richesses du milieu d'une manière ordonnée, suivant des principes établis par la tribu, dans un but de strict minimum vital. Sa volonté n'est pas d'épuiser les capacités de son territoire mais de les garder au même niveau, voire de les améliorer.
Plusieurs actions humaines sont responsables de la fixation du paysage. La chasse au bison dans les grandes plaines de l'Ouest se traduisait par de grands feux. Ces derniers ont interdit la progression ou l'apparition d'ensembles végétaux de type forestier dans toutes les zones à dominante prairiale, comme le sud-est et l'ouest du Minnesota. En effet, avant l'établissement de l'homme, la végétation était sous le coup des changements climatiques, du feu, du vent, des problèmes phytosanitaires et des insectes, des changements de niveaux des lacs, des zones humides.
Le feu était particulièrement nécessaire au maintien de la limite instable entre la forêt et la prairie et est nécessaire au maintien de l'écosystème de pinède. Par cette pratique du feu pour la chasse, qui n'est qu'une augmentation du rythme des feux naturels, l'amérindien a stoppé le développement d'un ensemble forestier différent. La pinède actuelle aurait dû être remplacée par une forêt de feuillus.
La culture Anishinabe fait de l'amérindien un chasseur nomade, cueilleur, mais aussi agriculteur dans un sens différent au nôtre. Le père Louis Hennepin a largement décrit la relation qui existe entre le nomadisme et la chasse. L'amérindien suit les mouvements des animaux qui eux-mêmes suivent les évolutions du climat. Pour l'agriculture, l'amérindien ne cultive pas de céréales mais aide au développement naturel en sélectionnant des végétaux.
Pour son habitation, ce peuple utilise les matériaux offerts par la nature. La création de logement est une tâche féminine, comme la chasse est exclusivement masculine. Le Larix laricina et le Picea mariana étaient largement utilisés pour leur bois droit, excellent élément pour la charpente. Des peaux d'animaux ou l'écorce de Betula papyrifera servaient pour la fabrication des murs. Les habitations n'avaient pas la forme communément répandue dans l'ouest des Etats-Unis2 mais plutôt de type rectangulaire ou allongé.
Le Betula papyrifera était aussi utilisé dans un autre but. La récolte de l'écorce permettait la fabrication de canoës. Cette particularité est responsable du surnom "arbre à canoë" du Betula.
Au sein de la culture Anishinabe, l'eau joue un rôle très important. Au-delà du symbole de vie et de sa nécessité pour vivre, l'eau, omniprésente dans notre secteur, est aussi le meilleur élément de déplacement. L'utilisation du cheval n'apparaîtra qu'avec l'homme blanc qui l'importera. Le cheval sauvage est présent plus à l'ouest dans les Grandes Plaines. Le mode de transport le plus répandue est le canoë. En aucun moment, le père Louis Hennepin ne fait référence à un autre moyen de transport, mis à part la marche. L'amérindien établit les limites du territoire en suivant les rivières. Une carte amérindienne ne fait pas apparaître les montagnes mais uniquement les voies d'eau.
Moyen de communication, l'eau représente un vaste réservoir de nourriture. La rivière est exploitée pour sa richesse piscicole mais aussi végétale. Dans notre secteur d'étude, une plante est particulièrement prisée, le Zizania aquatica, ou Manoomin en chippewa. La tribu Ojibwe a centré son agriculture sur cette plante.
Symbole de vie, l'eau est aussi symbole de protection. Pour la tribu Chippewa, cet élément permet la séparation entre le lieu de vie et le lieu de mort. Le cimetière est établi sur la rive opposée au village3.
Le genre de vie, décrit ci-dessus, a amené l'amérindien à choisir des sites d'occupation spécifique à ses besoins. De nombreux sites amérindiens ont été retrouvés dans notre secteur permettant l'établissement de plusieurs cartes en fonction de la datation de chaque site par la découverte d'éléments caractéristiques culturels. Pour notre travail, nous avons choisi de compiler les informations sur une seule carte (figure n°32). Nous devons préciser qu'aucune distinction n'a été faite entre les sites de vie et les sites de travail amérindiens. En effet, pour la culture du riz sauvage, l'amérindien utilise des bassines naturelles creusées dans le sol.
| Figure n°32 : Carte des sites amérindiens (échelle 1/350 000) |
(La préhistoire minnesotienne est découpée en trois périodes s'appuyant sur les changements culturels (Johnson, 1988). Entre 6000 av. JC et 800 av. JC, soit le "Préhistorique jeune", la culture dite "Orientale archaïque", à laquelle appartient Old Copper, est dominante. Entre 800 av. JC et 900 ap. JC, la période dite "Préhistorique moyen" est dominée par la culture "Woodland People". Puis en fonction des zones, on peut déterminer une nouvelle domination culturelle, celle dite de la culture "Mississippienne". Cette période s'étend de 900 ap. JC jusqu'en 1700, soit le "Préhistorique tardif". Dans notre secteur d'étude, la culture Woodland est restée dominante mais nous utilisons le découpage temporel pour la classification des sites.
Cette carte a été établie grâce au système d'informations géographiques créé par le Professeur Richard ROTHAUS)
Nous remarquerons immédiatement que de nombreux sites ont été réutilisés dans le temps par les différents groupes amérindiens ayant vécu sur notre zone de recherche. Cela traduit la volonté de marquer l'appartenance du territoire au groupe culturel présent. Le fait de réutiliser un site est l'aboutissement de la domination d'un groupe sur un autre.
La proximité de tous les sites à l'eau est un facteur important. Il reflète l'étroite relation établie avec cet élément, aussi bien comme voie de communication que comme source de nourriture (pêche et culture du riz sauvage).
Il est important à signaler toutefois, que la recherche des sites amérindiens dans notre secteur d'étude n'est pas systématique. Elle est le résultat soit de recherches dans le cadre d'un développement routier, soit les sites se trouvent dans la zone du parc de Kathio.
L'arrivée de "l'homme blanc" dans le paysage naturel, comme culturel, va se traduire par des profonds changements. L'exploitation du milieu, de manière méthodique, entraînera d'irréversibles dégâts au paysage naturel conservé par l'amérindien. L'esprit de découverte d'un nouvel espace laissera rapidement sa place à celui de conquête du territoire, celui d'intégration culturelle à celui de domination de l'homme blanc. Cette évolution est particulièrement observable en suivant les phases de colonisation de l'Amérique du Nord par "l'homme blanc". Cependant une évolution dans le temps des motivations de l'Européen est responsable de plusieurs relations établies avec le milieu.
On peut déterminer deux étapes dans l'établissement de "l'homme blanc" sur le territoire du Minnesota, le premier durant lequel se distingue une relation euro-amérindienne basée sur l'intégration et qui est le modèle développé par la France, le second où la domination culturelle euro-américaine écrase la présence amérindienne et exploite les ressources naturelles disponibles.
Le premier contact entre les Européens et les amérindiens, dans la région du Minnesota a eu lieu entre 1659 et 1661, et est le résultat d'un voyage organisé par deux français Pierre Esprit Radisson et Médart Chouart, Sieur de Groseilliers venant de la Nouvelle-France et arrivant par le nord du lac Supérieur. Aux environs de 1679, un autre français, Daniel Greysolon, Sieur Duluth (ou Du Luth4) proclame l'entière région possession du roi Louis XIV. Le voyage du père Louis Hennepin en 1680 est une tentative politique menée par Robert Cavelier de la Salle de manière à montrer au roi l'importance de ces nouvelles terres et de lui en démontrer les richesses.
Cavelier de la Salle voulait trouver un itinéraire menant à un fleuve mythique qui traversait du sud au nord l'ensemble du territoire, il recherchait le Mississippi. La réalité est plus triste. Ayant de graves problèmes politiques à Montréal, il voulait se servir de cette nouvelle expédition et de nouvelles découvertes pour asseoir son pouvoir personnel en Nouvelle-France (Hayne, 1969). Cette expédition, qui tourne plus ou moins au désastre avec la désertion de la plupart des hommes engagés et le retour prématuré de son organisateur en proie à de graves troubles politiques à Montréal, est la première véritable exploration européenne du territoire du Minnesota.
Durant la première partie du XVIIIème siècle, s'établit un commerce de la fourrure entre les Français et les Amérindiens. Cet échange marque le déclin de la prédominance amérindienne sur le paysage. Au début de ce commerce les rencontres sont rares et les échanges se limitent à la fourrure. Peu à peu l'Européen intègre à son troc l'alcool. Ce dernier entraîne une forte dépendance de l'amérindien.
La relation franco-amérindienne est plutôt bonne5 jusqu'en 1727, date à laquelle les commerçants français décident de traiter directement avec la tribu Dakota sans passer par l'intermédiaire Chippewa. A cette date débute la guerre entre Dakota et Chippewa qui verra la victoire de ces derniers et le départ plus au sud des déchus6.
Cette longue période d'entente, 1680-1763, est le résultat d'une politique d'intégration spécifique à la France. Chaque homme français, quel que soit son rang, se mariant avec une amérindienne et s'installant sur le territoire de la Nouvelle-France, recevait du roi une somme d'argent. Avec l'arrivée des anglais puis le départ des français, la mentalité évolue et l'amérindien n'est alors plus considéré comme un homme à part entière.
En 1762, la France obtient de l'Espagne la région située à l'ouest du Mississippi, incluant l'ouest du Minnesota. La présence européenne se traduit par un simple commerce de fourrure entretenu par des trappeurs souvent acceptés au sein de la tribu comme l'un des leurs car marié à une femme amérindienne. 1763 est un grand tournant. C'est la fin de la guerre contre l'Angleterre et cela marque la fin de la présence française en Amérique du Nord. Durant les cinquante années qui vont suivre, les Anglais vont régner sur le commerce de la fourrure en établissant des postes, et cela malgré l'indépendance des Etats-Unis en 1783. Le Minnesota ne sera sous contrôle américain qu'à partir de 1812.
En 1800, Napoléon Bonaparte force l'Espagne à rendre les territoires situés à l'ouest du Mississippi. En 1803, l'ensemble du territoire de la Louisiane est vendu aux Etats-Unis. Deux années plus tard, Zebulon M. Pike explore le Minnesota jusqu'alors toujours occupé par les amérindiens. En 1819, l'armée américaine s'installe au Fort Saint-Anthony renommé Fort Snelling en 1825 du nom du colonel dirigeant la garnison. La première scierie est implantée au Minnesota en 1821 pour la construction du fort. Ce dernier se situe à la jonction des cours d'eau Mississippi et Minnesota et son but est un contrôle maximum des échanges.
C'est à partir de 1837 que la véritable colonisation débute. Les tribus Sioux et Chippewa vendent leur territoire de la vallée de la rivière Saint-Croix à des entreprises d'exploitation du bois. La même année, la première scierie à but commercial s'installe à Marine-on-Saint-Croix dans le comté de Washington. En 1840, le nombre d'exploitations forestières se multiplie. Le total est alors inconnu. Daniel Stanchfield, en 1847, rapporte que le long de la rivière Rum s'élevait une gigantesque forêt de pins d'où un engouement accru pour l'exploitation de cette richesse.
La colonisation suit l'exploitation forestière. La plupart des hommes qui partent explorer le Minnesota travaillent pour des scieries. Leurs rapports sont souvent biaisés. Ils ne font constat que de ce qu'ils les intéressent dans un but d'exploitation. L'achat de terres aux amérindiens est conditionné par la présence de forêt. La vallée Saint-Croix est le premier territoire acheté mais c'est aussi le plus riche.
C'est le 3 mars 1849 que le congrès crée le Territoire du Minnesota jusqu'alors divisé entre l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, le Michigan, le Missouri et le Wisconsin. Les limites sont alors les mêmes que celles d'aujourd'hui pour le sud, le nord et l'est. La limite ouest se situe sur les rives des cours d'eau Missouri et White Earth. Environ 4000 Européens vivent au Minnesota quand il devient un territoire. En 1851, sous la pression du gouvernement américain, les Sioux cèdent leurs droits sur des millions d'hectares de terres situées à l'ouest du Mississippi à travers la signature de deux traités. Cependant les relations avec les amérindiens se détériorent comme l'atteste le courrier de protestation du "Chef indien des bandes du lac Chetac et de la rivière Chippewa" :
"Nous n'avons aucune objection contre l'exploitation des mines, des arbres et le développement de fermes par l'homme blanc. Mais nous nous réservons le droit d'exploiter les bouleaux, les cèdres pour leurs écorces afin de fabriquer des canoës, le riz, le sucre d'érable et le droit de chasser sans être perturber par l'homme blanc7".
Cette plainte fait suite à la signature du Traité de 1842 alors que celui de 1837 respectait ces critères d'exception. Le 11 mai 1858, le congrès admet le Minnesota au sein de l'union comme le 32ème état, il compte alors une population de 150000 colons.
| Figure n°33a : en 1870 | Figure n°33b : en 1900 | Figure n°34a : en 1930 | Figure n°34b : en 1970 |
Le développement industriel est très rapide à la fin du XIXème siècle. En 1862, on ouvre la première ligne de chemin de fer qui atteint Duluth en 1870. L'intérêt se focalise sur la richesse du nord, en particulier suite à la découverte de gisements de fer dans le nord-est de l'état, dans le Mesabi Range en 1890 par Leonidas Merritt.
La crise de 1929 a touché de plein fouet le Minnesota. Environ 70% des ouvriers perdent leurs emplois et les revenus agricoles atteignent la limite de survie. Ce n'est que grâce à la deuxième guerre mondiale que l'économie minnesotienne reprend son souffle. Cependant au début des années cinquante, l'industrie minière traverse une nouvelle crise, alors que la population migre vers les villes.
Les mouvements démographiques induits par l'industrialisation puis par l'exode rural peuvent être visualisés par quatre cartes de la population minnesotienne (figure n°33a-33b-34a-34b) tirées de Borchert & Gustafson, 1980.
La figure n°33a nous montre la population en 1870. Cette dernière se répartit selon un gradient d'axe sud-est/centre-ouest et la majorité de la population se situe dans le quart sud-est. On peut néanmoins apercevoir l'impact de la ligne de chemin de fer allant jusqu'à Duluth.
La figure n°33b donne la situation en 1900. Le développement du sud et de tout l'ouest du Minnesota est très notable. On peut établir une corrélation entre l'implantation de l'homme et la richesse du sol. En effet, toute cette zone possède un sol agricole riche hérité des glaciations. Le sud du Minnesota a été recouvert par une couche lœssique et l'ouest est l'ancien bassin lacustre Agassiz. D'autre part, dans le quart nord-est, on peut observer l'impact de la découverte des gisements de fer, avec le développement de Duluth mais aussi plusieurs regroupements dans le Mesabi Range.
En 1930 (figure n°34a), on peut constater une densification généralisée de la population sur le territoire minnesotien. On ne peut pas encore percevoir d'exode massif du à la crise de 1929. Cependant on peut remarquer l'émergence d'un maillage urbain à travers tout l'état. La zone de Mesabi Range continue son développement.
La dernière carte (figure n°34b) nous présente la population en 1970. L'exode rural a touché toutes les zones de l'état aussi bien le sud, l'ouest que le centre. Il est possible même de supposer un dépeuplement de toute la zone extrême nord.
La relation établie par l'Euro-américain avec la nature est très différente de celle mise en place par l'amérindien. En effet, nous passons une relation symbiotique à celle d'exploitation des ressources naturelles. Le Minnesota, on l'a vu en première partie, peut être partager en une partie nord forestière et une partie sud agricole. L'exploitation forestière va réduire le potentiel végétal du nord tandis qu'au sud l'Euro-américain va pouvoir développer son modèle d'agriculture intensive. Dans les deux cas, l'homme asservira le réseau hydrographique pour répondre à ses besoins de transport et d'irrigation. Dans cette partie, nous nous intéresserons plus particulièrement à notre secteur d'étude, qui est inclus dans la zone nord du Minnesota.
Nous ferons tout d'abord une description de l'impact à l'échelle du nord de l'état puis nous nous focaliserons sur notre secteur d'étude en faisant du cas Zizania aquatica une sous-partie spécifique.
A l'échelle du Minnesota, l'arrivée de l'Euro-américain s'est fait sous l'impulsion des compagnies forestières. Le premier territoire acheté aux amérindiens est immédiatement mis sous tutelle de ces compagnies pour une coupe réglée de toute la forêt. Très rapidement on se rendra compte de l'impact d'une telle politique. Dès le début du XXème siècle, le Pinus strobus est une espèce devenue rare et les compagnies forestières se déplacent vers l'est suivant la "conquête de l'Ouest". Il fallut l'espace de quarante années pour qu'il y ait une réaction face à la coupe à blanc. En 1871, a été crée le "Tree Bounty Law" dont le but est d'offrir une prime à la replantation. Les résultats seront très faibles. En 1876, la "Minnesota State Forestry Association" n'obtiendra guère de meilleurs résultats. Il faut attendre 1891 pour qu'une action de grande envergure soit lancée pour la protection des Pinus strobus, avec la création du premier parc d'état : le parc d'Itasca.
Pour notre zone de travail, nous supposons une végétation pré-colonisation composée de Pinus strobus, Pinus resinosa, Quercus, Acer, Tilia, Fraxinus. Cette hypothèse repose sur des récits de voyage effectués par des trappeurs pour le compte des compagnies forestières8. Leurs jugements peuvent être erronés puisqu'ils devaient noter que la présence des deux espèces de Pinus. On peut donc supposer une végétation plus riche avec la présence certaine de Betula et Populus.
La surface totale du parc Kathio sera coupée par trois fois. En effet, les premiers acheteurs des zones boisées sont les compagnies forestières qui revendent les terrains à des exploitants agricoles. Il est commun de retrouver des fondations de fermes américaines ou même d'anciennes parcelles agricoles.
Nous sommes aujourd'hui en présence d'une végétation largement dégradée. Les résultats d'un relevé en placettes9, ainsi qu'un transect (figure n°35), nous permettent de connaître la composition de la forêt actuelle.
Le travail en placettes nous indique une domination de Populus avec 50% des arbres comptabilisés, suivis par le Quercus avec 18% et le Betula avec 6%. Cependant le plan de développement du parc Kathio établi en 1980 rapporte une domination du Quercus avec 40% de la surface du parc recouverte par cette espèce. Nous sommes donc confrontés à un problème au regard des résultats décrits par le travail en placettes.
| Figure n°35 : Transect de la forêt actuelle dans le parc d'état de Kathio |
Le transect établi entre les points de coordonnées UTM 18N 5 111 450N 439 850E et UTM 18N 5 111 050N 440 150E, nous permet de mieux cerner la situation actuelle. Celui-ci traverse tous les types de sols présent sur la surface du parc et tous les éléments composant le paysage du parc, de la colline au marécage.
De ce travail, on peut tirer plusieurs conclusions. Premièrement, dans les zones sèches, le Quercus domine le paysage biogéographique. Néanmoins dans les zones sèches à haute-luminosité, c'est le Populus qui s'impose. Dans les zones humides, on voit apparaître le rôle dominant du Fraxinus avec la même spécificité pour les lieux très lumineux. Deuxièmement, il reste dans le paysage quelques Pinus strobus très rares mais majestueux. Ils ressemblent énormément aux arbres corniers que l'on rencontre dans les forêts françaises.
9% de la surface du parc est recouverte par la végétation marécageuse et les rives des lacs sont recouvertes d'une prairie flottante (Première Partie : 2.4.5 : Développement d'une prairie lacustre). Il est important de noter qu'on ne trouve plus que de rares plans du Zizania aquatica dans la composition de cette prairie. Or les Chippewa étaient des grands cultivateurs de cette graminée. Plusieurs phénomènes sont à prendre en compte pour expliquer sa disparition. Car reconnu par l'Euro-américain pour ses mérites nutritionnelles, cette graminée a été longtemps exploitée, industrialisant les méthodes amérindiennes et atteignant une production maximale en 1898 de 175 tonnes par an.
Premièrement, le Zizania aquatica est une plante extrêmement sensible à tous changements et est peu pionnière (Vennum, 1988). La pollution est sans doute responsable avec un excès de l'alcalinité. Une profondeur d'eau trop importante oblige la plante à consommer toute son énergie pour sortir de l'eau, elle est alors stérile et il n'y a aucune régénération lorsque la plante disparaît. De rapides variations du niveau d'eau peuvent être aussi un autre facteur responsable. Autre phénomène important est la concurrence d'autres plantes telles que le Typha latifolia. Cette dernière beaucoup plus résistante et plus pionnière occupe les zones usuelles du Zizania.
Deuxièmement, la tribu Dakota n'exploitait pas le Zizania aquatica mais étaient utilisateurs du Carex. Il est alors imaginable que la tribu Ojibwe l'ait importé. Ainsi le manque d'entretien des plants par la tribu a pu entraîner la disparition lente du Zizania dans notre secteur d'étude. On pourrait interpréter le développement du Typha et du Carex comme un retour au paysage biogéographique précédent l'éviction de la tribu Dakota.
Troisièmement, la disparition quasi-totale de cette graminée a eu lieu dans les années 1980. Mais en 1999, de nouveaux plants ont été découverts, remettant en question toute l'explication de la disparition.
Autre élément naturel largement modifié par l'Euro-américain est le réseau hydrographique minnesotien. Pour la mise en culture, l'Euro-américain a établi dans toute la zone hydrologique nord un système de drainage (photo n°10) de façon à transformer les zones marécageuses en terrain propice à l'agriculture. De nombreux barrages ont été établis tout le long des rivières dans un bout d'améliorer leur navigation mais aussi pour pouvoir les utiliser comme moyen de transport pour l'exploitation de la forêt.
C'est en particulier ce deuxième aspect qui a été développé dans notre zone de travail. Dès 1855, on fait état de la présence d'un barrage sur le lac Mille Lacs. Aujourd'hui, nous pouvons dénombrer trois barrages sur les quatre lacs de notre secteur, Mille Lacs, Ogechie, Shakopee et Onamia. Le but premier était de pouvoir faire des lâchers d'eau, créant ainsi un courant artificiel et emmenant vers l'aval les grumes coupées. Le niveau des lacs Mille Lacs, Ogechie a été fixé à 381 m (1 251ft). Cependant il existe un barrage entre les deux lacs, le plus ancien. Le barrage Buckmoor (photo n°11) construit à la sortie du lac Ogechie a relevé le niveau d'eau de ce dernier, le maintenant ainsi à un niveau identique que le lac Mille Lacs. Le niveau du lac Onamia a été fixé à 380 m (1 247ft).
A présent, les compagnies forestières ont disparu et la Rum River n'est plus utilisée comme moyen de transport. Cependant de nouvelles raisons sont apparues. Si la tradition orale amérindienne nous apprend que le lac Ogechie pouvait être traversé à pied à l'étiage, ce n'est pas le goût des pêcheurs qui voient la disparition des barrages comme la mort des possibilités piscicoles des lacs. De plus les sports nautiques se sont développés et ils ont besoin d'un minimum de profondeur d'eau.
La création des barrages a certainement pu avoir un impact sur la végétation. Le fait d'avoir fixé le niveau d'eau a fait disparaître la zone de battement entre le niveau maximal et le niveau d'étiage, à relever le niveau de la nappe phréatique, à diminuer la force moyenne du courant des eaux. On peut montrer en responsable les barrages face à la tendance actuelle à la fermeture des lacs par la prairie lacustre. De même, il est possible que le fait de fixer le niveau des eaux soit une raison pour la disparition du Zizania aquatica, raison très contestable face à une réapparition naturelle en 1999.
Il est possible de mettre en évidence une seconde relation entre la nature et l'Euro-américain. On a vu qu'à partir de 1871 avec la "Tree Bounty Law", l'état du Minnesota tente de préserver son capital végétal. En 1891, apparaît le premier parc d'état, celui d'Itasca. Cette situation se développe sur tout le territoire minnesotien et touche directement notre secteur d'étude.
Le parc d'état de Kathio est crée en 1957 et fait suite à l'acquisition des terres par l'état. En réalité, l'état n'avait pas vocation à racheter les terres mais face à la mise en faillite des exploitations agricoles américaines présentes dans notre secteur d'étude, le règlement des créances s'est effectué par la saisie des terrains.
Avec la montée d'un sentiment de retour à la nature et sans doute sous l'impulsion d'une préservation d'un capital "naturel", l'état a crée le parc en lui définissant un rôle très spécifique. En effet son but principal est : "de protéger et de perpétuer des zones qui représentent le mieux le visage naturel, au sens sauvage, du Minnesota" selon le plan d'aménagement. Autre directive du parc est "de permettre aux personnes de profiter de la nature et de faire comprendre la richesse de telles ressources maintenant et dans le futur". C'est-à-dire de protéger les plans d'eau, la végétation, les ressources animales, restaurer la végétation primaire en facilitant l'implantation de conifères, d'aider la recherche et l'explication du passif culturel.
Le parc représente une occupation du sol à part entière. En effet, il a un grand rôle touristique. Les facilités offertes sont : 75 sites de camping (photo n°12), 50 pour les repas en plein air, 12 canoës, une piscine aménagée, et plus de 50km (31miles) de pistes. En 1962, le nombre de visiteurs s'élevait à 10 000, en 1978, il est de 50 000. On estime à 60% des visiteurs venant pour la pêche.
Néanmoins plusieurs paradoxes apparaissent dans la politique fixée par le plan d'aménagement du parc. Ainsi il est demandé d'augmenter la qualité de la végétation existante qui devrait augmenter la qualité de l'habitat de la faune. Mais on demande que cette faune soit plus visible. On veut un retour à une forêt primaire mais il faut toutefois montrer la différence entre une forêt aménagée activement et celle aménagée passivement. On peut alors poser la question du "retour naturel".
Au niveau de la faune, mis à part l'habitat et sa visibilité, d'autres objectifs ont été établis. Il faut "augmenter la taille et la diversité de la faune sans atteindre un surpeuplement, protéger l'habitat de certaines espèces en danger, réintroduire certaines espèces disparues". Pour les poissons, les objectifs sont de "maintenir et augmenter les opportunités dans le lac Mille Lacs et de donner la possibilité de pêche dans des zones inhabituelles". Pour l'archéologie, une protection des sites connus, préhistoriques comme historiques, est mise en place. Ainsi le camp de base a été déplacé et les tombes indiennes sont peu à peu dissimulées de la vue par une végétation naturelle. Les pistes sont déplacées de manière à éviter le passage proche de zones sensibles.
Le parc représente ainsi une nouvelle relation entre le milieu et l'homme faisant suite à celle d'exploitation.
L'Euro-américain s'est approprié l'espace de notre zone de travail en plusieurs vagues. Premièrement, nous avons une prise en main du territoire par les compagnies forestières qui revendent les terrains à des fermiers. Cependant, aux vues de la qualité médiocre des terrains, peu d'exploitations agricoles se développent. Ce sont souvent les mêmes compagnies qui rachètent les terres sur lesquelles la forêt s'est réinstallé. On peut compter jusqu'à trois fois ce cycle d'échange. C'est durant cette période que l'impact euro-américain est le plus important.
La crise économique de 1929 a raison de nombreuses fermes. Cependant on peut observer un nouveau retour des exploitations agricoles pendant la deuxième guerre mondiale. Les sites d'installation sont alors plus nombreux et différents des sites amérindiens (photo n°13). Des recherches plus importantes dans ce domaine sont nécessaires pour apporter une réponse plus précise.
Aujourd'hui, la présence américaine se fait sous deux formes. Premièrement celle du parc, deuxièmement l'utilisation de parcelles peu surveillées comme décharges.
Les sites attestants de la présence euro-américaine ne sont pas tous répertoriés actuellement. Il nous est impossible de présenter une carte résumant la situation générale. Néanmoins, les sites amérindiens ont été découverts sur d'anciennes propriétés de fermiers américains. On peut à travers ce constat tirer deux hypothèses. Premièrement une pérennité dans les sites d'occupation quels que soient les groupes culturels. Deuxièmement, un manque de rigueur dans la recherche des sites amérindiens (cf. supra).
Maintenant que nous avons décrit les différentes relations établis entre les deux grands groupes culturels qui se sont succédés sur notre secteur d'étude et visualiser les sites archéologiques, il est nécessaire d'établir une classification du paysage actuel, ce qui nous permettra par la suite de synthétiser toutes nos connaissances et de faire apparaître les potentialités archéologiques de notre zone.
1 Anishinabe, ou Anishinaabe, signifie en indien "un des peuples" et est utilisé par les Indiens entre eux. Les autres tribus les connaissent par les noms possédant plusieurs orthographes suivant la langue maternelle de l'interlocuteur : outchibou, otchipwe, ojibewa, ojibwe, ojibway, chippeway ou chippewa.
2 Au Missouri, les Indiens Pikunis utilisaient le "teepee" comme habitation, plus facile à transporter à cheval.
3 Il est nécessaire de signaler que les différents éléments culturels expliqués dans le texte sont le fruit de discussion avec des indiens Chippewa. Néanmoins, on peut se poser la question de la véracité des propos tenus par des indiens qui ne veulent pas partager leurs connaissances.
4 Son nom donne lieu à de nombreuses orthographes. Il a néanmoins été repris pour nom de la ville de Duluth.
5 En langue anishinabe, Louis signifie Dieu. On comprend alors mieux le respect engendré par les envoyés de roi Louis ou roi Dieu et pourquoi il était facile d'acquérir une terre au nom du roi Louis.
6 On peut émettre quelques doutes sur la réalité de cette guerre. Les relations Dakota-Chippewa ne semblent jamais été bonnes. Le fait de changer d'intermédiaire n'est sans doute qu'un prétexte pour éliminer totalement les Dakota du territoire.
7 We have no objections to the white man's working the mines & the timber & making farms. But we reserve the birch bark & cedar, for canoes, the rice and the sugar trees & the privilege of hunting without being disturbed by the whites.
8 En 1847, Stanchfield rapporte dans son récit que tout le long de la Rum River, il ne voyait que des pins à perte de vue. (Fellegy, Joe, 1992, Mille Lacs Messenger du 8-7-1992.)
9 Ces résultats nous ont été mis à notre disposition mais il nous a été impossible de savoir le lieu et la surface du relevé.